rituel d'écriture
Publié le 17 Mars 2006
Proposé par Coïtus Impromptus:
"Cette semaine, nous vous demandons de vous raconter.
Dites-nous quels sont vos processus d'écriture : les conditions, les lieux, les ambiances qui permettent de coucher vos mots sur le papier. Réfléchissez-vous longtemps avant de passer à l'acte? Ou êtes-vous du genre spontané? Stylo ou clavier? Silence ou chaos? etc....
En un mot comme en cent, que se passe-t-il quand vous participez au Coitus?
Thème de la semaine :
Rituel d'écriture"
L'enfance devant le « pestacle ».
Face à une forte impression.
Contenant l'émotion comme un récipient souple.
Et puis d'ailleurs, toutes les émotions sont « fortes ». Même l'ennui peut être une sensation puissante.
Enfant qui dessine, bricole, invente, avec un sentiment d'urgence, de bouillonnement.
Dans son coin, il façonne un petit panier en pâte à modeler et les adultes sont loin d'imaginer la concentration de son rêve.
Il dessine et la précision du symbole est pouvoir immanent.
Puis vient l'adolescence réservée et chavirée par des rêves d'adultes trop grands pour elle.
Bouleversée par le musc d'une peau, la brûlure d'un regard, la glace d'un mot négligemment soufflé.
Quand je ne voyage pas entre vie et « pestacle » de vie, j'oublie d'écrire, de dessiner, ou de bouger comme je l'aime, en musique. Apnée indolore. Suspension somnambule.
Ici, les sujets sont lancés comme des appâts, que de temps à autre j'attrape au vol, comme le chien vorace s'élance sur le sucre.
Mais le plus souvent, somnolant au soleil, je laisse le thème retomber sans bruit : ballon lancé par-dessus un mur sur la mousse élastique de ma mémoire en digestion. Tout un brouhaha d'histoires inaudibles colore cette sphère caoutchouteuse et odorante qui continue de rouler doucement ; je soliloque, réveille les disparus, bavarde avec l'invisible, avec les contes, le futur.
Mais voilà, lorsque je prends la plume pour lui dire que je l'aime, l'histoire est déjà close!
Les jours de l'enfance sont passés et je n'ai rien écrit dans ce temps imparti. Où sont les pauses de l'enfance, les vacances interminables, les heures qui durent des années, les années qui durent des voyages ?
Non, décidemment, mes jours durent le double des vôtres ou ne sont pas comptés?
Cependant si je suis rentrée à temps pour écrire le texte -et là j'entends sa voix: « tu dois être là avant la nuit, me dit maman, tu vois, quand la grande aiguille de l'horloge de l'église sera en bas »- je regarde mes mots revenus tous boueux et griffés par les jeux, et j'essaie pitoyablement de leur donner un sens compréhensible.
« Elle est dans son petit monde, celle-là », et il n'y a plus d'indulgence dans ces paroles adultes. Il me faut sous titrer Babel, traduire les incantations magiques, dessiner le pourtour. Surtout : Casser l'agglomérat des émotions simultanées afin de les rendre machouillables - lisibles-.
Pour cela, il faut séparer le détail de l'ensemble sans essouffler la phrase, puis, le faire sautiller, ce détail, au rythme du coureur de fond, lenteur arrachée à la pulsation. En idéal la phrase courrait nue, sonore, roulant ses mots doux ou charnus sur la feuille, selon l'humeur.
Et les silences et les espaces, pour les mots, seraient leur écrin pâle. Leur respiration. Leur vide musical, deux croches blanches pour une lettre noire.
Alors, on n'aurait plus qu'à ressentir la cadence, écouter la souplesse des mots, approuver la justesse de leur émergence.
Et à la manière de ceux qui n'ont jamais entendu leur propre voix, ou qui sont ivres de leur festin ou qui sont saoûls de leur misère, j'interrogerai l'écho réel ou imaginaire de ces mots comme on irait voir une prophétesse, dénuée de pressentiments, l'esprit confus.
Mais le plus souvent, somnolant au soleil, je laisse le thème retomber sans bruit : ballon lancé par-dessus un mur sur la mousse élastique de ma mémoire en digestion. Tout un brouhaha d'histoires inaudibles colore cette sphère caoutchouteuse et odorante qui continue de rouler doucement ; je soliloque, réveille les disparus, bavarde avec l'invisible, avec les contes, le futur.
Mais voilà, lorsque je prends la plume pour lui dire que je l'aime, l'histoire est déjà close! Les jours de l'enfance sont passés et je n'ai rien écrit dans ce temps imparti. Où sont les pauses de l'enfance, les vacances interminables, les heures qui durent des années, les années qui durent des voyages ?
Non, décidemment, mes jours durent le double des vôtres ou ne sont pas comptés?
Cependant si je suis rentrée à temps pour écrire le texte -et là j'entends sa voix: « tu dois être là avant la nuit, me dit maman, tu vois, quand la grande aiguille de l'horloge de l'église sera en bas »- je regarde mes mots revenus tous boueux et griffés par les jeux, et j'essaie pitoyablement de leur donner un sens compréhensible.
« Elle est dans son petit monde, celle-là », et il n'y a plus d'indulgence dans ces paroles adultes. Il me faut sous titrer Babel, traduire les incantations magiques, dessiner le pourtour. Surtout : Casser l'agglomérat des émotions simultanées afin de les rendre machouillables - lisibles-.
Pour cela, il faut séparer le détail de l'ensemble sans essouffler la phrase, puis, le faire sautiller, ce détail, au rythme du coureur de fond, lenteur arrachée à la pulsation. En idéal la phrase courrait nue, sonore, roulant ses mots doux ou charnus sur la feuille, selon l'humeur.
Et les silences et les espaces, pour les mots, seraient leur écrin pâle. Leur respiration. Leur vide musical, deux croches blanches pour une lettre noire.
Alors, on n'aurait plus qu'à ressentir la cadence, écouter la souplesse des mots, approuver la justesse de leur émergence.
Et à la manière de ceux qui n'ont jamais entendu leur propre voix, ou qui sont ivres de leur festin ou qui sont saoûls de leur misère, j'interrogerai l'écho réel ou imaginaire de ces mots comme on irait voir une prophétesse, dénuée de pressentiments, l'esprit confus.